Interview with Bübü (version Française)

Il n'a pas fallu longtemps après le lancement de Reverb Dream pour que je commence à voir des publications de Sabine Bulliard, également connue sous le nom de Bübü Illuminator, sur mon fil Instagram. Deux choses étaient certaines : elle travaillait avec beaucoup de groupes que j'aimais et elle est très respectée au sein de la scène musicale en Suisse. Ayant abandonné son emploi stable, Bübü a suivi son rêve de conduire pour des groupes suisses et de faire les lumières lors des concerts. C'est un choix audacieux que j'ai toujours admiré et auquel je peux m'identifier, car deux de mes amis les plus proches ont fait le même type de changement dans leur vie et, malgré le dur labeur pour y parvenir, ils sont beaucoup plus heureux depuis.

C'est lors du concert de Beurre et wolfer au Sedel à Lucerne, en octobre 2025, que tout s'est assemblé, la musique, les lumières et le son, pour créer une expérience globale très impressionnante et inoubliable. J'ai vraiment, vraiment apprécié la prestation de wolfer, mais Beurre a définitivement été l'un de mes moments forts de l'année en live. Les lumières et le son (bravo à Vincent Sudan pour le mixage dans la salle, en étant à l'arrière gauche et avec les colonnes) ont ajouté une dimension supplémentaire au spectacle. Après le concert, j'ai découvert que Bübü s'était occupée des éclairages, et j'allais bientôt apprendre qu'elle avait également fait les lumières pour le spectacle High on the Sound mettant en vedette Oze et STRUKTURSTRUKTUR. Bien que j'aie été malade ce soir-là, je me souviens encore de la façon dont les lumières ont apporté une qualité supplémentaire aux deux performances au Südpol.

J'étais curieux au sujet de la création lumière : comment l'apprend-on ? Comment cela fonctionne-t-il selon les différentes salles et les différents groupes ? Qu'est-ce qui se passe dans la tête de la personne pendant le concert ? Je voulais également en savoir plus sur l'aspect tournées de son métier, d'autant plus que c'est quelque chose que je n'ai jamais expérimenté de première main. Quels types de trajets et d'histoires a-t-elle déjà vécus en tant que chauffeuse pour des groupes.

Peu de temps après avoir reçu les réponses de Bübü pour l'interview, nous nous sommes retrouvés à l'Alles Post- MusikFest! de cette année, et malgré les problèmes techniques venus de la console, j'étais très heureux d'avoir fait cette interview avec elle et de la voir en action après coup également !

Je voudrais remercier Bübü pour ses réponses ! Et aussi Petros de Nine Month Summer pour la traduction !

Le parcours

Raconte-nous de toi et de ton histoire

J’étais une bonne suisse employée modèle en chimie ahahha. J’ai eu cette éducation du «un vrai travail, un vrai salaire, un mari, des enfants, une maison , une voiture et un labrador, si tu veux être heureuse»

Résultat, je devrais être profondément triste si on en croit cette éducation. Donc j’étais bien tranquille dans ma chimie, dans l’ennui le plus profond. Je travaillais pour me payer des voyages, je changeais du coup régulièrement d’endroit de travail. Ma passion c’était la musique et les voyages.

J’ai eu deux gros déclencheurs de mon «changement de vie» . Le premier, c’était lors d’une discussion avec un pilote d’hélicoptère (oui oui) qui m’a demandé « c’est quoi ta satisfaction à la fin de ta journée ? Moi j’ai sauvé des vies, j’ai vu des paysages incroyable, je suis partie en mission etc...»

J’ai été incapable de répondre à sa question, rien ne m’apportait de la joie dans mon travail, car je bossais pour «avoir un vrai travail» , on ne m’avait jamais fait penser qu’un autre choix était possible. Après 6 mois, je n’avais toujours pas su répondre à cette fameuse question du pilote.

Mon deuxième déclencheur a été lors d’un retour de voyage. J’ai croisé un ami, (technicien lumière) et il me dit «ah mais tu dois être trop contente de recommencer le travail après 2 mois de pause», ça m’a halluciné comme phrase. Je lui ai répondu «mais qui peut être content.e de retourner travailler sérieusement ???» et là, la fameuse réponse de cet ami, si simple, si logique «bah t’as cas faire un travail que tu aimes ! Allé en 2 secondes, ça serait quoi le job de tes rêves ?» «....euh...bah...euh je sais pas...euh conduire des groupes de musiques en tournée !!!» « bah fait ça !» et voila, la machine était lancée. Il m’a beaucoup aidé, trouvé un nom, faire un logo, sonder les groupes, etc.

Un an plus tard, j’avais quitter mon travail de chimie, et je conduisais mes premiers groupes en tournée. Bübü Accelerator était née. Ma première tournée c’était un band de grindcore, des amis à moi Tuer et puis, surprise des groupes qui ne me connaissaient pas m’ont contactées Closet Disco Queen, et là c’était parti. Je suis assez émue de repenser à ça, il fallait quand même oser, tout lâcher pour ça.

Je ne gagnais quasiment pas vie, car mon but était surtout d’aider les bands, et moi de me faire un petit nom, et je ne faisais pas beaucoup de tournée pour pouvoir en vivre, donc, j’ai cherché des jobs un peu à la demande. J’ai commencé dans un bar, aussi coursière médicale, et toujours ce même ami me dit : «bah essaie les lumières !», «...euh...bah...euh, quoi ? Je vais juste dire bonjour à Fri-Son et leur dire que je veux apprendre ? Mais je regarde un ordinateur, il bug, je pense pas que ça soit pour moi, pis j’ai aucune créativité, pis quoi ? Mais faut faire une école, il faut être un.e geek, il faut être dans le milieux... euh..», «mais non, tu vas, tu essaies, point.»

Résultat , je vais essayer à Fri-Son, puis au Nouveau Monde, puis à Ebullition, puis à Festi’cheyres, tout se passe très vite, et grooooossse passion ! ON M’AVAIT MENTI , je peux totalement faire un travail passion, je peux totalement apprendre sur le tas, j’ai une dose de créativité de malade, ouaaaaah ! Mais ok, c’est dur, car bon, je suis une pive en informatique ahahha .

Donc je passe de la petite suisse modèle , a quelqu’un qui n’a pas de «vrai métier», conduire des groupes, voyager, découvrir des salles de concerts dans l’Europe, et en suisse, j’apprends la technique lumière quand je peux.

Puis il y a eu le Covid, toutes les tournées se sont arrêtées., heureusement j’avais mon petit job de coursière médicale et surtout, plein de temps pour m’enfermer dans les salles de concerts vide pour apprendre. J’ai passé des heures à comprendre les consoles, me faire des shows de base etc...A la sortie du COVID, il manquait des technicien.ne.s qui avaient malheureusement dû arrêter, j’ai donc pu progresser très vite dès ce moment là. J’ai décidé de diminuer, voir arrêter les tournée, pour me consacrer essentiellement à la lumière. Bübü Illuminator est née.

Depuis quand fais-tu les lumières et conduis-tu des groupes ?

J’ai arrêté la chimie en avril 2017 . J’ai commencé mes premières tournée en mai 2017. J’ai ensuite fait stagiaire lumière de 2018 au Covid. A la sortie du Covid, j’ai quasiment arrêté les tournées , pour me consacrer à la lumière.

Comment es-tu arrivée à la décision de commencer ces métiers ? Les lumières ont déjà joué un rôle important pour toi dans des concerts (en tant que spectatrice) ? Il y avait un moment spécifique qui a déclenché ce trajet ?

Du coup, vraiment pas, j’avais vu des centaines et des centaines de live, je ne m’étais jamais intéressées aux lumières, je ne savais même pas que c’était un métier, et vu mon éducation, ce n’était pas un «vrai travail». Je suis vraiment tombé dedans par hasard, et quel hasard, quelle passion !!!

As-tu fait une formation spécifique pour les lumières ?

Absolument pas, je suis allée dans les salles et j’ai appris sur le tas. Beaucoup de salle proposent l’option de «stagiaire», cela permet de voir le métier, de se familiariser avec ce monde et ces horaires.

Car oui j’ai vraiment halluciné au début des horaires, arriver 2h avant les groupes qui eux arrivent des heures avant le concert. Je ne réalisais rien de ce milieu là. Découvrir tout ce qu’il y a à faire pour qu’un live puisse avoir lieu. L’avantage aussi d’être stagiaire, c’est que tu travailles souvent avec des responsables différent.e.s et tu peux apprendre de chaque personne, voir ce qui te convient, ce qui ne te convient pas, pour ensuite te faire ta propre ligne. Il n’y a pas de juste ou de faux, et milles chemins différents d’arriver au même résultat. Par contre, j’ai aussi réalisé à quel point cela demande des connaissance en électricité, informatique, escalade etc. cela m’a souvent découragé, mais pas suffisamment apparemment ahaha.

Est-ce que tu as un permis de conduire spécifique ?

Non, comme je suis vieille, j’ai un vieux permis, et ça c’est une chance, je n’ai rien eu besoin de faire.

Mon permis me permets de conduire des véhicules de 16 places, 3,5 T. Donc non pas de nightliner hehe, mais les vans petits et grands sans problème. Par contre je n’en n’avais jamais conduit, donc il a fallu apprendre, je suis allée conduire avec des amis pour me familiariser aux manœuvre. Car , en tant que femme, quand tu fais un métier d’homme, tu n’as pas droit à l’erreur, tu dois faire encore mieux qu’eux si tu veux faire ta place, tout ça pour qu’on te dise à la fin «wah tu conduis comme un mec» comme si c’était eux la notion de base du «bien conduire» .Insupportable. Et en plus on sait que la conduite pour certain mec, c’est LE sujet. J’ai beaucoup stressée par rapport à ça, donc je voulais être parfaite. Mais bon tout cela est un autre débat...

Le travail en soi

Comment cela fonctionne - un groupe prend contact avec toi ? Quelles sont les étapes pour une collaboration avec le groupe ?

Alors il y a plusieurs jobs la dedans. Le théâtre, les concerts pour les salles, les concerts pour les bands.

On va laisser le théâtre de côté pour l’instant. Pour les salles, à force tu connais ta salle, ta programmation, ta console, et tu viens un peu avant l’arrivée des groupes, tu installes ce qui a été demandé dans le rider, tu prépares un show si cela a été demandé, mais la plupart du temps, et c’est mon grand kiff, c’est de la full impro, et c’est génial. Essayer de retranscrire l’émotion de la musique et des musicien.ne.s en lumière, c’est juste génial.

Ensuite si tu travailles pour un band, en général ce sont elleux qui te contacte. Là on va discuter de ce que le groupe veut, ses conditions, et surtout quel est leur besoin. Si c’est le but de faire une création en résidence, pour un vernissage, pour une tournée etc. Le plus souvent dans mon cas, ce sont pour des résidences suivis de vernissage et quelques concert (souvent un gros problème de budget dans le milieu culturel). J’adore faire des résidences, tu te mets juste dans une méga zone de confond pour tout le monde, et pour ma part, ça évite le stress. Pour la création il y a autant de façon de faire qu’il y a de groupes et de technicien.ne.s lumières je pense. Parfois le groupe a des idées bien précises, et parfois je fais comme je la sens. Le mélange des deux est souvent, pour ma part, le meilleur. Je demande souvent les émotions des morceaux, cela m’aide beaucoup.

Comment te prépares-tu pour un concert ? Est-ce que tu écoutes le groupe en avant ? Tu reçois un setlist en amont ? Spontané ?

Alors si je travaille pour la salle, je ne vais pas forcément écouter avant, et nous n’avons pas forcément de setlist. Je fais en full spontané, mais je connais la console et la salle donc ça aide beaucoup. Je ne sais pas trop comment ça marche dans ma tête, mais dès la première note, tout fuse naturellement, je ne reflechis plus, je fais, je m’éclate, je transmets ce que je reçois de la musique, et parait-il que j’ai un super sens du rythme, ça aide beaucoup.

Si je travaille pour un groupe, oui il y a une setlist et je connais tous leurs morceaux par cœur. Pour moi c’est obligé. Si on connaît les morceaux, c’est déjà la 50 % du travail, et comme on ne sait jamais trop sur quelle console, quelle salle on va tomber, autant assurer au moins cette partie là. Donc moi ma technique est simple, dès que je conduis, j’écoute les bands en boucle.

Quel est ton approche si la salle de concert est dotée d’un autre genre de console ? (Tu peux ramener ta propre console ?)

Hyper simple et non efficace : JE PANIQUE et je me rassure en me disant que je connais les morceaux.

J’espère que l’accueil technique de la salle sera bon. Je me renseigne toujours avant, et selon la console, j’essaie d’aller m’entraîner un peu. Certaines consoles ont des logiciels sur PC, donc je peux préparer un peu en amont. Mais comme je l’ai dis plus haut, le fait de ne pas être geek me lèse beaucoup. Cela me stress beaucoup aussi. Je fonctionne vraiment à l’émotion, donc j’ai tendance à vouloir être dans la salle pour «sentir» ce que je veux faire et comment. Donc oui, souvent c’est surtout de la panique.

Tu as des rituels spécifiques avant un concert ?

A part la panique tu veux dire ? Ahaha, faire les 100 pas, fumer 18 clopes en 3 min, tenter de me rassurer, avoir envie de disparaître et avoir méga hâte en même temps. Je n’ai pas de rituel, mais j’en aimerai bien un je crois. Mais par contre, obligé d’aller dire un gros «merde» au groupe. Ça c’est sur. Pour moi on est ensemble, je joue avec elleux.

Quel est le déroulement d’un soir/d’un concert pour toi ?

Pour une salle : arriver 1 à 2h avant les Get In, préparer ce qui est demandé, ensuite accueillir les bands, accueillir les technicien.ne.s s’il y en a, faire les soundcheck ou là on profite pour faire des jolis «tableaux» , des positions adaptées au band etc.. ensuite repas, puis c’est parti, on fait tout clignoter !

Pour un band : Arriver dans la salle, je fais un scan mental de tout, l’emplacement des projecteurs, ce qu’il y a au sol, sur les cotés, je visualise mes ambiances, je regarde où est la régie et repère la personne à la lumière. Pendant le soundcheck, c’est là que tout se joue pour moi aussi. Je n’ai que ce moment là sur la console, pour faire ou finaliser ma prog lumière. Comme dit plus haut, je ne prépare pas souvent trop en avance aussi car j’aime pouvoir m’inspirer de l’endroit. Des options qu’il présente.

Mais cela fait aussi que j’ai besoin de plus de temps sur la console, chose qu’on a rarement. Quand le soundcheck est fini, on debrief un peu, on se détend, on fait n’importe quoi, puis manger, puis c’est parti .

Quels sont tes pensées pendant un concert ?

Aucune en générale. J’essaie du moins. Si je pense trop, je perd le fil. C’est complètement fou comme tout le stress et le perfectionnisme tombe dès que ça commence. Parfois j’ai quelques «yes c’est trop bien» ou «ah merde j’ai loupé ce passage» mais je vis le truc à fond, je pars dans une espèce de trans, je sais pas, je vis juste l’émotion à son max, mes yeux sont en scan constants entre tout le plateau et la console, le public aussi (pas qu’il soit ébloui), mes mains partent en mode piano avec chaque doigt sa rythmique, et là aussi si j’y reflechis pendant, ça s’arrête. Vivre l’émotion et ne pas réfléchir... je réfléchis assez avant ahahah .

Comment tu te sens après la performance ?

J’adooooooore ce moment ! Oh la la ! L’explosion ! J’ai vraiment une bombe d’euphorie et de soulagement qui me tombe dessus. Parfois, aussi une bombe d’angoisse, car c’est dur d’être contente de soi, mais l’euphorie est toujours là, et ya toujours ce sentiment de «waaaaoh on a réussi à faire tout ça» . C’est un moment hyper important pour moi que j’ai besoin de vivre et de partager avec le groupe. Le côté humain est si essentiel pour moi dans ce travail.

La vie en tournée

Qu’est-ce que tu as comme véhicule ?

Georgette la toyota starlet ! Ahah ça avait été une grande question au début, de savoir si j’investissais dans un van, et si oui quelle grandeur. S’il est trop petit, trop grand etc il faut quand même louer un autre, est ce qu’il sera amorti, je le parc où etc.... et au moment où je me suis décidé à faire Bübü Accelerator un ami m’appelle et me dit qu’il va monter un boite de location de van pour des groupes, et qu’on pourrait faire un partenariat. Du coup, j’ai pas hésité 2x, non seulement j’avais un partenariat super avec Van Diving Splitters en plus j’avais plusieurs van à dispo, et lui ça lui faisait de la pub pour lui aussi ! Comme quoi, ça devait se faire à ce moment là.

Tu transportes le groupe et le matériel ?

Oui en générale c’était les personnes du groupes, et le backline. Les van de «van Diving Splitters» sont aménagés exprès pour, tout est fait pour les tournées, du génie. (et oui j’en profite pour lui faire de la pub)

Il y a beaucoup de discussions ? Sur la soirée ou d’autres thèmes ?

Ça va de la philosophie de vie, à des jeux sur la route de type «tu préfères» , au silence, à la musique, aux débriefs de soirée, à raconter des bouts de nos vie, à écouter des plaisirs coupables, à bosser dans son coin, à chanter, à faire des gags nuls, à boire, à dormir, c’est très varié, d’un jour à l’autre et d’un groupe à l’autre. Mais c’est souvent très calme la journée et très animé la nuit:)

Qui choisit la musique pendant le trajet ?

Je choisis jamais la musique, je déteste faire ça, égal où et avec qui je déteste choisir pour les autres.

Mais c’est moi qui valide ou non ahahah ! Le respect de la personne qui conduit est toujours immense.

Quel était le trajet le plus long que t’as fait ?

Je crois que le plus loin que je sois allée en van était la Serbie. C’était génial, C’est fou de se dire que tu voyages si loin, juste avec un van, pour des concerts. Pis comme je conduis surtout des «petits» band, des fois tu dors chez habitants , et selon les pays, ce sont vraiment des expériences superbes. J’ai adoré ce mélange voyage et musique. Le trajet le plus long a aussi été sur cette tournée là, quand au fin fond de la Tchéquie, à minuit on me dit «aaaah Bübü on a mal regardé les horaires, on doit ètre à Lyon demain et pas après demain» ... c’était 16h de route je crois, j’ai conduis ce que j’ai pu (je suis assez une machine), genre 9h, puis j’ai donné le relai et à reconduit à la fin. Depuis ce jour là, je refuse plus de 9h par jour, c’est épuisant pour tout le monde.

Quel était le tour le plus mémorable ?

Franchement tous ! J ‘ai des souvenirs incroyables et stupides avec tous. Je n’arriverai pas choisir une anecdote plutôt qu’une autre. Mais je garde tout de même un souvenir assez incroyable avec The Revox , quand le matin au départ de Paris, nous avions juste perdu 2 membres du groupes, ils n’étaient jamais rentrés, et impossible de les atteindre. Le batteur les a retrouvé par hasard au cimetière sur la tombe à Jim Morrisson, avec deux bouteilles de cidre (dont une qui était pour moi, pour s’excuser).

Reflections

Combien de concerts as-tu fait ?

Oh lala la question !! aucune idée, moyenne de 6 par semaines depuis le covid, et avant ça, bien 2 par semaines, je te laisse faire le compte.

Quels sont tes highlights ?

Le vernissage de Nostalgie Plage et le vernissage de Sandokaï. Je ne sais pas, il y a eu , pour ce deux événement bien distincts, un accomplissement personnel énorme. Je me suis sentie si alignée avec ce que je fais. Moi qui doute beaucoup, qui stress beaucoup, là, je me suis sentie juste en accord avec tout.

Et c’est rare, mais j’ai même validé mon potentiel à ces 2 concerts:) ! ce sont aussi 2 groupes où la musique me parle énormément, les humains qui y jouent sont juste incroyables, et j’ai vraiment été envahie d’un sentiment de bien être, d’euphorie et de satisfaction....à mon travail... cette chance !

Les shows les plus mémorables auxquels tu as participé ?

Je ne sais pas trop, ils sont tous mémorables pour moi, mais il n’y a pas longtemps pour «wolfer» au tout début du live, j’ai juste perdu la moitié de mes projecteurs, aucune idée pourquoi, et il a fallu faire tout un live dans ses conditions, c’était dur, il a fallu beaucoup user de créativité, mais c’était super. Il y a aussi eu une scène de théâtre où à cause d’une mauvaise manipulation, j’ai plongé toute une scène dans la nuit. Ou encore si pendant un live, tu as extrêmement besoin d’aller au toilettes. Ces choses auxquelles on ne pense pas, mais personne ne va jamais s’arrêter pour un soucis de lumière, donc il faut continuer, coûte que coûte.

Quels feedbacks as-tu reçus qui t’ont plu le plus ?

Lors que je faisais de la full impro sur un groupe et qu’on vient me dire «ho ça fait plaisir de voir qqun aux lumières qui connaît tous les morceaux» lorsque tu découvrais le groupe. Ou un batteur qui une fois m’a dit «mon dieu, tu étais tellement dedans, que si la lumière n’était pas en même temps que moi, j’ai cru que c’est moi qui tapait pas en rythme», ou «Bübü t’es virée, tu nous a volé la vedette» (merci, Windshelter, hahha) mais en générale, je crois que ce qui me touche le plus, c’est quand le band me dit qu’iels ressentent trop mon énergie sur scène, je crois que là, à chaque foi ça m’émeus.

Il y a des gens que tu vois souvent aux concerts (dans des salles différentes).

Oui on croise souvent les mêmes personnes, que cela soit à la technique ou dans le public, c’est comme un très grand cercle mais en même temps tout le monde se connaît.

Tes pensées sur tes collègues et tes confrères ?

Le contact est vraiment super, il y a aussi beaucoup d’entre aide, je trouve ça génial, c’est vraiment précieux. On n’hésite jamais à s’appeler pour demander des conseils, et personnellement, à ma mesure, j’adore en donner.

Par contre je trouve dur , car comme tout milieu artistique et créatif, on est vite dans la comparaison, j’aimerai bien ne pas faire ça, mais je me compare souvent aux autres. Du fait que je n’ai pas de connaissance en informatique et en électricité, je me sens souvent pas légitime de faire ça, le vrai syndrôme de l’imposteur. Ce qui me crée quand même beaucoup d’angoisse. Mais je ne me laisse pas abattre par cette angoisse, et ça je suis très fière. Je fais souvent face à un sentiment de jalousie tout en était hyper contente pour les autres. C’est un sentiment nouveau.

Qu’est-ce que tu conseillerais à ceux qui entrent dans le monde des lumières ?

D’essayer. Ça ne coûte pas beaucoup d’essayer et de voir si on aime ou pas.

Quels sont tes plans (et tes souhaits) pour l’avenir ?

Je rêverai de partir en tournée , mais pas en tant que conductrice mais comme technicienne lumière.

Sinon j’ai quelques supers résidence qui m’attendent pour ce printemps, et j’ai vraiment hâte. Je suis toujours si émue quand on me propose une résidence , de me dire «waouah, c’est à moi qu’on demande ? Vraiment ?»

J’espère garder le plus longtemps possible cette euphorie , créativité et satisfaction, ce côté humain de mon job et ce coté émotionnel. Des fois l’angoisse me fait oublier tout ce que j’aime là dedans et ce que j’ai fait comme parcours. Je te remercie de ce fait pour cet interviews, qui m’a rappelé comme mes choix sont juste et si supers.

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